«La filière du cuir est une pionnière de l’économie circulaire», juge Frank Boehly (Conseil national du cuir)

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L’Usine Nouvelle – Aujourd’hui, de nombreuses alternatives au cuir à base de matière végétale apparaissent, notamment dans le secteur du luxe. Qu’en pensez-vous ?
Frank Boehly – Nous n’avons évidemment aucun jugement à porter sur les décisions prises par certaines entreprises pour expérimenter de nouveaux matériaux. Que le cuir soit concurrencé par des alternatives n’est pas nouveau. Le plastique et ses dérivés sont utilisés par des chausseurs par exemple et nous n’avons rien à dire à ce sujet. Les entreprises orientent leur stratégie comme elles le souhaitent.

Toutefois, quelle que soit cette alternative, il faut être sincère avec le marché et les consommateurs qui doivent vraiment savoir quelle est la composition de ces matériaux. Parfois, j’ai l’impression que la communication de certains vise à faire croire qu’une matière végétale est 100 % végétale. Et c’est ce qu’entend le consommateur. Quand on lui parle de cuir de champignon, il entend le mot « cuir » et « champignon ». Or ce n’est pas du cuir et ce n’est pas que du végétal. Il faudrait dire que c’est une matière à la fois végétale et synthétique et préciser les proportions.

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Que représente aujourd’hui la filière cuir en France ?
Nous comptons 13 000 entreprises qui emploient 135 000 personnes. Nous réalisons 25 milliards d’euros de chiffres d’affaires, dont 15 rien qu’à l’export. Cela va de la collecte des peaux, à la tannerie et la mégisserie, en passant par la transformation et la distribution par des grossistes.

Votre filière travaille-t-elle à produire des cuirs plus propres ?
Oui, grâce à l’initiative individuelle des tanneurs et aux dispositions réglementaires. Dans l’Union européenne, la directive Reach s’applique. Les tanneries dépendent de la classification ICPE – installation classée pour la protection de l’environnement – et doivent être capables de montrer qu’elles l’appliquent correctement. L’Union européenne est vraiment la zone qui protège le mieux le consommateur. Cela est aussi valable pour la France où des efforts sont faits pour réduire l’utilisation du chrome et de divers produits chimiques. Nous pouvons dire que le cuir et les produits fabriqués en cuir ont une innocuité totale sur notre continent. La situation n’a rien à voir avec ce que l’on peut voir parfois dans des reportages réalisés dans le Maghreb ou au Bangladesh par exemple.

A vous lire et vous écouter, le cuir apparaît comme une matière écologique. C’est un peu paradoxal !
Le cuir est une matière d’origine naturelle avant tout, biosourcée, car provenant d’un animal. Une fois transformé, le cuir n’est plus naturel car il a subi des traitements, mais la peau à l’origine du cuir est naturelle. Comme je viens de vous le dire, le processus de transformation n’a pas d’impact sur l’environnement : pas de pollution de l’eau, de l’air ou du sol. Enfin l’économie du cuir est une pionnière de ce qu’on appelle désormais l’économie circulaire. On récupère la peau d’animaux morts qui seraient autrement détruite, car assimilée à un déchet. La filière valorise cette matière première qui en plus est durable. Les produits en cuir ont une durée de vie très longue. Et c’est aussi favorable à l’environnement : plus un produit dure longtemps, plus son impact environnemental est faible. Le plastique ne peut pas en dire autant.

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Source: https://www.usinenouvelle.com/article/la-filiere-du-cuir-est-une-pionniere-de-l-economie-circulaire-juge-frank-boehly-centre-francais-du-cuir.N2070472

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