[Le luxe avec ou sans cuir ?] La pomme, du péché originel aux créations de la maison Bonnamour

accessoires cuir

«Je veux décarboner la haute maroquinerie française». La phrase prononcée calmement par Pascale Bonnamour – la fondatrice de la maison Bonnamour – claque comme un slogan mis en acte. Sur son site Internet, elle vend en effet sacs, protège livres et autres accessoires en matières végétales.

Léger solide et imperméable

Elle assure que ses créations ont une empreinte carbone dix fois moins importantes que celles des maisons qui recourent au cuir. Pour y parvenir, elle utilise un matériau innovant, l’appleskin, une matière réalisée à partir de déchets de pommes produites par l’agriculture biologique italienne. «Il n’était pas question pour moi d’utiliser des matériaux produits à l’autre bout du monde», précise Pascale Bonnamour. Les pommes sont broyées, réduites en poudre et mixées avec du polyuréthane. «C’est une matière végétale mais non recyclable à cause du polyuréthane» précise-t-elle. Il n’empêche, le matériau a d’autres attraits : «il est très léger, solide et ne craint pas l’eau», assure la fondatrice.

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Le résultat est ensuite déposé sur une toile de coton biologique. La maison Bonnamour utilise aussi un second matériau à base de maïs, matière qui a un rendu plus brillant et plus épais. Pour la jeune cheffe d’entreprise, tout n’a pas été simple. «L’offre de matériaux produits à proximité n’est pas aussi importante qu’on pourrait l’imaginer», assure-t-elle. L’identification de fournisseurs de qualité n’a pas été aussi rapide qu’imaginé. En outre, le calcul de l’empreinte carbone des matières alternatives au cuir n’est pas encore standardisé. Elle s’est appuyée sur le travail réalisée par la marque de sneakers MoEa.

PetiteS sérieS artisanaleS

Côté équation économique, passer du cuir animal à des matières animales n’est pas forcément une bonne affaire : ce n’est pas parce qu’on parle de déchets de pommes que la matière final serait bon marché. Le mètre dans la qualité la plus élevée coûtait 42 euros mi 2022 (en largeur 1m40). Quant à la matière issue du maïs, le mètre est à 45,50 euros. Ces prix sont d’autant moins bas que la maison Bonnamour travaille sur de petites séries. Les productions se font dans des ateliers en France. Sur son site Internet, la marque décompose ses coûts de production pour un étui à stylo vendu 105 euros : 60 euros sont destinés à l’achat de matières premières et à la fabrication.

«Les jeunes sont beaucoup moins attachés au cuir que ne l’étaient les anciennes générations», observe Pascale Bonnamour. Est-ce cela qui explique que, selon elle, le marché est en train de s’animer ? La maison Bonnamour n’est en effet pas la seule à proposer une maroquinerie plutôt vegan. On trouve d’autres maisons plus ou moins confidentielles qui s’y essaient aussi.

Les maisons appartenant à de grands groupes de luxe, de LVMH à Hermès en passant par Kering, testent prudemment des modèles. C’est que, reconnaît la fondatrice, « l’imaginaire du cuir est tout de même encore très puissant chez de nombreux consommateurs ». Pascale Bonnamour en est persuadée : les producteurs et les utilisateurs de ces matériaux alternatifs vont devoir aussi travailler sur l’imaginaire qui leur est associé. Tout le monde le sait, les produits de luxe ne sont pas que de la matière première et du travail physique. Un produit de luxe, c’est aussi une histoire et un univers.

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Source: https://www.usinenouvelle.com/article/le-luxe-avec-ou-sans-cuir-la-pomme-du-peche-originel-aux-creations-de-la-maison-bonnamour.N2077351

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